Moïse et Pharaon dans la Sourate 10 (Jonas)

A plusieurs endroits du Coran, le récit de la confrontation de Moïse et Aaron avec le Pharaon et son conseil (Exode chapitre 7 et ss) est présenté de manières différentes. Il ne s’agit pas de rectifier un récit factuel mais, comme toujours, d’apporter des éléments théologiques.

Chaque sourate a une thématique principale. Celle-ci semble se concentrer sur le Vrai, les signes pour qui « réfléchissent et se prémunissent » qu’apportent aux différents peuples (ou communautés) de l’histoire, les prophètes.

Le passage à commenter comprend les v. 75-93.Moïse et Aaron y prêchent d’abord le Vrai et pousse Pharaon et ses notables à croire en un Dieu unique (le v. 78 insiste sur l’aspect politico-religieux de cet exhortation). En s’adressant à ses chefs, Moïse et Aaron aurait donc pour mission première de faire annonce de l’unicité de Dieu à toute une population,un peuple désormais invité à prier Dieu en terre égyptienne même (v. 87). Cette population est mal identifiée, des Égyptiens ou de gens sous la domination égyptienne (pour l’incertitude ou la polysémie concernant ce groupe voir aussi le commentaire de Guillaume Dye dans Le Coran des historiens, 2019, Cerf, , vol 2a, p. 463).

Malgré les « signes » donnés par Moïse, seul un petit groupe de cet ensemble plus large devient ses adeptes (un petit groupe de « jeunes gens », semble-t-il), les autres ayant peur de la puissance de Pharaon (v. 83). Dans sa traduction du Coran, J. Berque souligne, en notes [édition poche Albin Michel, 2020), p. 226], qu’il s’agit d’une scission d’un peuple « égyptien », dont un petit groupe se décide à suivre Moïse et devient, par ce fait, « fils d’Israël » (v. 90, ce terme n’est pas mentionné avant).

De nombreux passages du Coran, tous différents, reviennent sur ce moment mythique de l’Exode. Certains suggèrent aussi la prise d’une terre qui appartenait déjà à Pharaon, une sorte d’indépendance politico-religieuse (par exemple, 7, 110 où les Grands du peuple de Pharaon s’exclament devant les prodiges de Moïse (qui change son bâton en serpent) : « Vraiment, voici un magicien fort savant, il veut vous expulser de votre terre ! » : là aussi, on ne sait pas précisément à qui ils s’adressent et le sens est ambiguë). Des historiens contemporains font l’hypothèse que le récit biblique de l’Exode concerne en fait des groupes de marginaux, les « Habirous », qui vivaient dans les montagnes de Judée (alors occupée par les Égyptiens) et qui se sont progressivement libérés du joug des représentants de Pharaon. Pour connaitre les détails de cette hypothèse, voir le magnifique livre de Jacob Rogozinski, Moïse l’insurgé, aux Éditions du Cerf (2022).

Mais revenons à la sourate 10, où il est tout de même mention du passage d’une mer (après l’incitation à avancer en toute rectitude, vers ce qui va devenir une mise à l’abri, « un lieu d’établissement excellent » au v. 93). La « Terre promise » est ainsi présenté comme un lieu de refuge où il sera possible de prier correctement le Dieu unique. le don de la terre est d’ailleurs conditionné dans la Torah au respect de la « parole » (ou des commandements) de Dieu. Ce n’est que plus tard que ce peuple ou communauté conduit par Moïse s’opposent entre eux sur la connaissance du Vrai et c’est encore la question du « choix décisif » qui est mise en avant par ce récit, qui se termine par « ton Seigneur décidera entre eux au Jour de la Comparution sur ce quoi ils divergeaient ».

L’histoire de Moïse face à Pharaon est donc, dans ce passage de la sourate 10, une réflexion sur les choix existentiels que chacun est amené à faire quand il entend la parole prophétique.

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